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Tout commença pour les Acadiens
avec larrivée de Jacques Cartier, en 1534, dans
la baie du St Laurent. Les Français attendirent néanmoins
70 ans avant de sinstaller sur les bords du fleuve et en
Acadie, avec lintention évidente de bloquer lexpansion
vers le nord des colonies anglaises, du littoral des futurs États-Unis.
Encore aurait-il fallu disposer dune
masse de population expatriée suffisante pour réaliser
ce plan. Or, deux siècles plus tard, quand lAngleterre
avait deux millions de colons établis en Amérique
du Nord, les Français ny étaient que 54000.
Au Canada, même alliés avec les indiens Hurons,
nous ne faisions pas le poids. Le 10 février 1763, ce
déséquilibre aboutit à la signature du traité
de Paris et à la perte par la France de ses possessions
nord américaines, à lexception des îles
de St Pierre et Miquelon.
Quant à lAcadie,
les actuelles provinces canadiennes du Nouveau-Brunswick et de
la Nouvelle-Écosse (1), dès 1713,
en vertu du traité de dUtrecht, elle était
déjà tombée dans lescarcelle de lAngleterre.
Londres
se contenta dabord de lévacuation des troupes
françaises laissant les Acadiens livrés à
eux-mêmes. Mais au bout de trente ans, le gouverneur de
la province décida dexiger deux un serment
dallégeance.
Cette démarche cachait en
réalité une perfidie. Dans une lettre adressée
à ses supérieurs à Londres, Charles Lawrence,
le gouverneur des Anglais, écrivit quil proposera
le serment dallégeance une dernière fois
aux Acadiens. « Sils le refusent, précisait-il,
nous aurons dans ce refus un prétexte pour les expulser.
Sils lacceptent, je leur refuserai le serment en
appliquant un décret qui interdit à quiconque ayant
déjà refusé de prêter serment dallégeance
de le prêter » en revenant sur son choix. Puis
il concluait : « Dans les deux cas, je les déporterai
! »(2)
Lawrence
neut pas besoin dinvoquer le décret, les Acadiens
sentêtant à refuser lallégeance.
En 1755, les soldats anglais les regroupèrent dans
les églises et les forts puis les déclarèrent
prisonniers. Enfin, les embarquant sur des bateaux, ils les dispersèrent
à travers leurs colonies de la Nouvelle-Angleterre
(2). Cest le « Grand Chambardement »,
comme disent les Acadiens. Plus de la moitié de ces derniers,
estiment les historiens, périrent de faim, de maladie
ou dans les naufrages. Cette épuration ethnique avant
la lettre na jamais été reconnue par la Grande-Bretagne,
aussi peu encline à admettre ses crimes que la Turquie.
Puis, le Canada devenant britannique
et le conflit avec la France cessant, à partir de 1763,
les Acadiens retrouvèrent un peu de liberté.
Certains sétaient enfuis au Québec
ou à St Pierre et Miquelon, quand dautres
avaient été rapatriés en France. Quelques-uns,
réduits à létat de prisonniers de
guerre sur le sol même de lAcadie, furent
dabord employés aux travaux publics puis graduellement
relâchés.
On assista alors à un étrange
phénomène. En dépit des difficultés,
nombre dAcadiens affluèrent des lieux où
on les avait déportés, pour retrouver leur province.
Préservant leur francité à tout prix, leur
condition navait pourtant rien denviable. Leurs fermes
avaient été cédées à des colons
allemands et anglais. De plus, ils navaient aucun droit
et, en tant que catholiques, pas même celui de posséder
une terre. Ils survécurent, travaillant comme manoeuvres
ou en sinstallant dans des lieux reculés. Puis,
petit à petit, ils se regroupèrent.
Les temps se faisant moins sectaires,
augmentant leur nombre grâce à une forte natalité,
dès la fin du XIXème siècle, ils
commencèrent à faire valoir leurs droits. On appelle
cette époque la « Renaissance acadienne ».
Aujourdhui, les Acadiens
ne constituent quune minorité de la population de
lancienne province de leurs ancêtres. Certes, ils
sont un peuple sans État. Mais ils cultivent leur identité,
parlent leur propre langue et se sont donné un hymne national
et un drapeau : nos trois couleurs frappées dune
étoile dor en hommage à la Vierge.
Ils ont même une fête
nationale, « le Tintamarre ». A cette occasion,
tous les 15 août, ils défilent en masse dans les
rues en sattachant à faire le plus de bruit possible,
pour montrer aux Anglais quils existent. Une belle leçon,
qui nous vient de lAmérique où lon
parle « françois ».
Jean Isnard
Notes
(1) À lextrême est du Canada et
au sud de Terre-Neuve.
(2) Daprès les recherches effectuées par
lécrivain québécois Jacky Pachès.
(3) On entend par Nouvelle Angleterre les six États du
nord-est des États-Unis.
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